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Cela fait maintenant un an et demi que le Guide méthodologique « Améliorer la coordination des soins : comment faire évoluer les réseaux de santé ? » de la Direction Générale de l’Offre de Soins est connu de tous. Dans la plupart des cas cependant, tout reste à faire. Pourquoi une telle difficulté à passer à l’acte ?

 

Les raisons identifiées sont multiples et tiennent tout autant à la redéfinition des projets des réseaux, qu’à la définition des modalités de conduite du changement en interne.

Mais plus encore que tout cela il s’agit pour les réseaux d’un véritable changement de paradigme.

 

Tout d’abord, la redéfinition des projets pour les réseaux nécessite la mobilisation d’un nombre important d’intervenant, d’univers variés (libéraux, salariés, bénévoles, institutionnels,…). Comme toute démarche de nature politique, conduire une réflexion en la matière amène à reposer des questions de fond quant à la nature même du réseau, à ses objectifs, à ses fonctions, à son positionnement sur le territoire, à ses relations avec les autres acteurs institutionnels. Autant de questions qui ne peuvent être abordées qu’en investissant un temps important et en laissant une place conséquente à l’échange et au débat. Dans une période où la contrainte budgétaire prend une place chaque jour plus grande, les débats peuvent rapidement se cristalliser autour de questions importantes mais qui se doivent au maximum de rester secondaires au regard de la redéfinition d’un devenir commun.

 

Cette difficulté amène à se poser la question des modalités de conduite du changement les plus à même d’accompagner les réflexions. Ces modalités doivent selon nous s’adapter aux différents contextes locaux et aux historiques particuliers. Les réseaux de santé sont en effet le fruit d’un volontariste militant porté par quelques personnes convaincus du bien-fondé de leurs actions et de leur légitimité. En place depuis une dizaine d’années, reconnus généralement dans leurs missions et la pertinence de leurs réponses, ils se sont construits autour d’une expertise thématique et de personnalités fortes. Chaque territoire dispose donc aujourd’hui d’un nombre variable de réseaux de santé, aux synergies éventuelles mais non obligatoires. Il n’y a donc pas de chemin unique pour conduire ces changements mais bien des démarches à façon, afin de coller au plus près aux historiques de chaque territoire.

 

Car les changements énoncés dans le guide de 2012 ne sont pas anodins pour un très grand nombre de réseaux. L’économie de la santé est un marché particulier dans lequel, la matière première et le client sont confondus : il s’agit en l’occurrence du patient. Mais le guide 2012 est extrêmement explicite sur ce sujet :  » Compte tenu du besoin de coordination identifié pour l’organisation du parcours de soins des patients en situation complexe, il est préconisé d’orienter les moyens des réseaux de santé vers la mise en place d’un service d’appui aux effecteurs de soins et notamment aux médecins généralistes de premier recours. » En d’autres termes, le client est donc bien le professionnel de santé et notamment le médecin généraliste. Nombre seront ceux qui argumenteront pour dire que c’était déjà le cas, mais les frontières sont aujourd’hui beaucoup plus délimitées qu’auparavant. Car certains réseaux par le passé ont régulièrement franchi cette frontière et ont ainsi brouillé l’image des réseaux et leur place dans le système de santé.

Cette évolution des réseaux de santé ne laisse plus aujourd’hui de place à l’interprétation et à l’ambiguïté de positionnement. Les indicateurs de suivi d’activité et d’évaluation des réseaux doivent en conséquence évoluer en se concentrant sur les notions de coordination des acteurs, de délais de prise en charge, de fluidité, de transmission des informations, de connaissance des effecteurs (notamment à travers le Répertoire Opérationnel des Ressources).

 

En conclusion, nous pouvons ajouter que cette évolution ne se fera pas du jour au lendemain et que la rédaction des premiers CPOM permettra la traduction de ces changements. Certaines activités des réseaux perdureront encore un temps afin d’assurer la transition, au risque pour certains de brouiller un peu plus les cartes. Mais ne perdons pas de vu que la Stratégie Nationale de Santé poursuit le mouvement d’une sortie de l’hospitalo-centrisme au profit des acteurs du premier recours. Les nouveaux réseaux de santé ont ainsi toute leur place dans le système qui se met en place. Faut-il encore se mettre en posture de regarder en face les évolutions en cours tout en conservant les expertises acquises par les réseaux durant ces dix dernières années ?

Réseaux de santé : l’Appui à la Coordination
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